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SanghaWebmaster

Virya: l’énergie

By Enseignements de Guy Mokuho
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Chers amis de la Voie et de Tenbôrin,

Les circonstances actuelles nous replongent malgré nous dans un  »ici-maintenant » que l’on peut nier en restant scotché à l’information, au stress et aux commentaires continuels,  ou nourrir avec une conscience qui s’ouvre à la beauté de la nature (c’est le printemps !!), à celle des êtres (ô combien d’actes généreux chaque jour !) et que nous pouvons accueillir n’importe quand dans le silence de notre propre coeur.
Je suis sûr que chacun-e de vous pratique la vigilance et la générosité du mieux qu’il-elle peut. Et il faudra être patient car la conjoncture de confinement semble vouloir durer.
Pour ne pas rebondir sur les commentaires médiatiques habituels, j’ai préféré vous faire parvenir des enseignements que je sais un peu longs. Mais on ne peut parler pas en quelques mots de l’enseignement du Bouddha. J’ai pris beaucoup de plaisir à les travailler et les synthétiser pour vous.

Les pâramitâ que j’ai choisies de commenter sont vraiment d’actualité et doivent apporter à chacun-e de vous des pistes de réflexion et de comportement.. Télécharger les  »tenboring » et gardez ces  »teisho » pour une tranquille lecture dans l’avenir.

Par ailleurs, nous faisons de notre mieux pour organiser le futur de la sangha et du Centre de Lanau. Nous communiquerons avec vous chaque fois que les choses se précisent et que les informations et invitations à la pratique pourront se faire en conformité avec la sécurité de toutes et tous.

« Continuez zazen éternellement », disait maître Deshimaru quand il nous quittait quelques mois pour le Japon, chaque année. La pratique authentique n’a pas de fin (ni de commencement 😊).

J’espère de tout mon coeur vous revoir bientôt .

– Guy Mokuho

Ksanti: La Patience

By Enseignements de Guy Mokuho
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Ksanti : La patience (Nin en japonais) par Guy Mokuhô Mercier

Toutes les difficultés et les souffrances des êtres ont une cause. Pour les résoudre ou s’en libérer, il faut prendre le temps de s’examiner soi-même, s’étudier. C’est la pratique bouddhique exprimée par le Bouddha dans son premier Sermon de Bénarès sur les quatre Nobles Vérités.

La pratique des pâramitâ est inséparable de la quatrième Noble Vérité qui expose les étapes du sentier octuple qui mène à la cessation de la souffrance.

Vimalakirti et la maladie de tous les êtres

By Enseignements de Guy Mokuho

La maladie est partout présente aujourd’hui dans le monde, c’est un fait. Nous sommes tous informés des nombreuses souffrances qui en découlent et nous nous sentons bien impuissants devant une telle situation. Nous voyons se manifester spontanément, en ce moment, de véritables actes de générosité et des comportements exemplaires tels ceux des bodhisattvas qui symbolisent l’idéal bouddhiste, autant que des attitudes malsaines et une soif toujours inextinguible de chercher à tirer profit pour certains de cette souffrance.

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Message de Guy Mokuhô Mercier – confinement

By Nouvelles

Bonjour chers ami-e-s de Tenbôrin

J’espère que vous allez bien.

Au moment où chacun est obligé de rester à la maison, se fait davantage sentir le besoin de se retrouver pour simplement s’asseoir ensemble et pratiquer la Voie du Bouddha.

Les conseils sont en général peu suivis, mais si nous souhaitons rester calmes et centrés sur ce qui est important, voici celui que je vous propose : chacun-e devrait s’asseoir pour pratiquer zazen aux mêmes heures qu’il-elle en avait l’habitude en venant au dojo avant que se déclare cette période de confinement ; ou en le faisant aux mêmes horaires que ceux du dojo. C’est une façon de partager l’espace de la Présence, de s’unir à tous les êtres, et de rendre hommage à celles et ceux qui nous ont transmis l’enseignement du Bouddha.

Ce confinement va durer …. 

Alors nous vous ferons parvenir régulièrement quelques réflexions, enseignements et annonces pour que notre sangha, comme toutes les autres, reste évéillée, vivante et conserve dans le coeur cette tranquillité qu’enseigne le zen et le désir profond d’agir comme un bodhisattva pour le bien des autres.

Voici donc un premier message :

Confinement et Solitude.    

Nuit calme, sous la fenêtre vide assis en méditation, enveloppé dans ma robe de moine, nombril et narines bien alignés, oreille et épaules dans le même axe.

La fenêtre est blanche, la lune vient de sortir, la pluie a cessé, les gouttes tombent encore.

Á ce moment-là mon sentiment est extraordinaire, vaste, immense, connu de moi seul.

Ryokan

On rêve parfois d’être seul, comme Ryokan dans son ermitage de montagne, lorsque la pression des autres, des médias et des phénomènes nous submerge, nous oblige à adopter sans cesse un comportement approprié et à faire jouer toutes les facettes de notre personnage et continuer à paraître.

On voudrait se sentir mieux, mais on ne sait plus parfois comment s’en sortir, où aller, à qui se confier ou à qui faire confiance et quoi imaginer pour éviter de s’enliser ou tomber. On voudrait arrêter de courir, arrêter le temps, et même arrêter tout court.

Et puis les circonstances proposent une trêve, un moment de répit et le temps semble suspendu. Ce n’est pas ce qu’on attendait ou qu’on espérait, loin de là. C’est même une douleur supplémentaire dont il est difficile voire impossible de comprendre le sens quand tout est chamboulé par un seul petit germe invisible !

Sentiment d’isolement, de confinement contraignant, dur à vivre, impossible semble-t-il à surmonter pour certains. On se sent douter de soi-même, vraiment seul, même au milieu des autres ! On voudrait se retirer en haut de la montagne avec Ryokan et se voir regarder la beauté du paysage, en comprenant amèrement aussi que cela n’existe que dans l’imagination.

Les repères et les habitudes qui permettaient de délimiter l’espace personnel, la relation aux autres, les routines de la vie courante, l’activité professionnelle sont d’un seul revers bousculés, effacés, balayés.

La tentation immédiate est cependant forte et quasiment atavique de s’inventer de nouveaux jouets, de faire durer encore et encore les habituelles distractions et les jeux virtuels, dans son chez-soi parfois bien étroit. Et de tenter d’échapper une fois encore à cet isolement qu’on qualifie à tort de solitude.

Mais pourtant ce renversement des principes et des habitudes de la vie quotidienne est un moment propice pour découvrir et explorer la vraie solitude et trouver un chemin authentique de partage et de communication avec les autres, de véritable compassion.

Le confinement est nécessaire, mais il ne s’agit pas là de solitude.

La solitude a un autre parfum. On le sent lorsqu’on parvient à se libérer du passé et du souci d’avoir à se projeter dans le futur, que l’on accueille l’instant présent comme un nouveau-né qui ouvre les yeux pour la première fois.

La vraie solitude est l’espace même de la pureté et de l’innocence d’où surgissent tous les futurs possibles, toutes les énergies constructives. Elle est lumière créatrice surgie de l’obscurité, vierge de toute contamination, au-delà de l’ignorance et de la souffrance. Elle est vacuité.

Peut-on regarder cette profonde solitude, simplement, telle qu’elle est, sans chercher à la fuir, sans vouloir l’habiller avec des mots, la voiler de mille commentaires, sans ressentir la peur de n’être personne ?

Le parfum de la solitude libère notre esprit de ses chaînes karmiques et de l’attraction des dix mille choses. Il est comme une fumée d’encens qui se répand dans l’espace de la conscience.

Quand l’esprit rejoint cette solitude, il retrouve sa source. Les peurs se dissolvent, les doutes ne sont plus que des doutes et les choses reprennent leur anonymat au sein de cette Présence qui fonde et unit toutes les existences.

Le parfum de cette solitude pure et simple se déploie dans le cœur de notre méditation. Le parfum de l’Un, Shikantaza.

Bonne pratique à toutes et tous. Continuons zazen avec courage !

Avec toute mon amitié en ce début de printemps.

~Guy Mokuho

Édito Par Guy Mokuhô – Octobre 2019 – Ko Shin

By Enseignements de Guy Mokuho

Édito Par Guy Mokuhô – Octobre 2019

Ko shin est l’attitude de l’esprit dont nous devons témoigner dans le zen.

Ko shin s’épanouit à partir de la sincérité de notre pratique méditative et d’une vraie compréhension de l’idéal du bodhisattva et des valeurs bouddhiques.

Ko shin est l’esprit qu’ont les parents et grand-parents pour leurs enfants et petits enfants. C’est un esprit plein de tendresse et de bienveillance qui donne sans chercher de profit et sans s’économiser. Pauvres ou riches, les parents éprouvent ce même sentiment d’amour pour leurs enfants. Ils sont attentifs et patients, ils donnent, enseignent, transmettent le meilleur d’eux-mêmes. Ils protègent et écartent les dangers et se sacrifient volontiers sans en faire état.

Sans Ko shin aucune pratique n’est authentique et la réalisation de bodhisattva ne peut en être dissociée. Le Bouddha plaçait cette vertu en tête de toutes les autres car elle illumine l’univers entier : « La bienveillance est une liberté du cœur qui englobe toutes les voies dans le lustre de sa splendeur. Comme à la fin de la saison des pluies le soleil se lève dans un ciel clair sans nuages et sa lumière rayonnante boit toute l’obscurité, comme à la fin d’une nuit noire l’étoile du matin brille dans toute sa gloire, aucune pratique permettant de progresser spirituellement n’a le seizième de la valeur de la bienveillance, car elle les embrasse toutes et explose en lumière ».

Apprenons et pratiquons ensemble cette vertu primordiale. Elle complète et imprègne Ogu •

La signification de OGU – Par Guy Mokuhô Mercier

By Enseignements de Guy Mokuho

La signification de OGU – Par Guy Mokuhô Mercier

Ōgu exprime la ‘’transmission’’.

Nous transmettons par notre pratique cette même forme et ces mêmes rituels qui ont été transmis et enseignés par les maîtres depuis des siècles. Ils sont toujours pratiqués aujourd’hui dans les temples de notre école Sôtô. Cette transmission permet de conserver et protéger ce que le Bouddha a enseigné : garder sa propre attention stable et continue, quelles que soient les circonstances, pour voir et comprendre la vérité de l’impermanence et de la vacuité. Nous apprenons cela directement pendant zazen : rester immobile et voir l’impermanence des choses, demeurer dans la Conscience-Présence qui regarde le monde apparaître et disparaître.

Une des pratiques parmi les plus délicates et les plus profondes transmises dans le zen Sōtō est celle que nous accomplissons en mangeant dans les Ōryoki.

Garder cet esprit stable et calme qui observe et contemple est une pratique difficile qui demande que nous fassions appel aux conseils, recommandations et à l’expérience des nos maîtres. Notre esprit est habitué à se diviser en s’identifiant aux choses qu’il perçoit, en se projetant sur elles pour tenter de les saisir en vue d’une satisfaction qu’il ne parvient pas à considérer comme inutile et même perverse. Car s’identifier à quelque chose d’impermanent ne peut que produire en nous un sentiment d’insécurité totale, tout en créant en nous la peur de manquer. Nous passons notre vie dans la contradiction de vouloir saisir ce qui nous fait souffrir et simultanément à essayer vainement d’échapper à cette souffrance.

Garder l’attention stable est vraiment la base de l’enseignement du Bouddha (exprimé de façon très explicite dans le Satipatthana sutra) : apprendre par la méditation et par la pratique des paramita à demeurer dans ce regard qui contemple l’apparition et la disparition des choses. Dans la méditation, nous réalisons cela, même sans nous en rendre compte. Malheureusement, il est difficile et même impossible de contempler 24 heures sur 24.

La vie, l’énergie nous poussent à entreprendre, agir, créer si bien que la difficulté, c’est bien de garder également cette stabilité de la conscience percevant les choses elles-mêmes, dans l’activité et pas seulement dans la méditation. C’’est ce que le zen enseigne dans le soin porté aux détails du quotidien, dans l’esprit du geste, ces manières qui sont le fondement de la vie spirituelle et aussi monastique, pour nous faire parvenir sur l’autre rive. L’autre rive qualifie l’esprit qui demeure dans la stabilité, immobile au sein même des mouvements de l’impermanence.

Une des pratiques parmi les plus délicates et les plus profondes transmises dans le zen Sōtō est celle que nous accomplissons en mangeant dans les Ōryoki. C’est une pratique qui symbolise le don et le non-attachement. Pour ceux qui ne connaissent pas notre tradition, les Ōryoki sont l’ensemble des bols, cinq bols, parfois même sept, dans lesquels les moines zen prennent les repas. Ce rituel est extrêmement précis et nous oblige à maintenir l’attention constante tout au long de notre repas.

Le mot  » Ōryoki  » est composé de trois idéogrammes (kanji) :

 » Ō  » veut dire la réponse du receveur à l’offrande de nourriture. La gratitude !
 » Ryō « , c’est une mesure, et pour ce qui est de l’alimentation, c’est la quantité que l’on reçoit dans son bol.
 » Ki « , c’est le bol lui-même.

Commençons par le bol – Ki. Il est en lui-même tout un symbole. C’est le bol qui reçoit et contient la vie qui nourrit notre existence. Le plus grand des bols, celui qui contient tous les autres, est appelé hatsu.u. et il symbolise la transmission de la vie, du Dharma, et aussi de l’enseignement du Bouddha. Dôgen écrit que c’est « l’ustensile inouï, extraordinaire, incomparable, merveilleux, miraculeux, dans lequel se réalise cet événement extraordinaire qu’est le don de nourriture, cet échange avec l’autre et avec la nature. Et pour que cet événement prenne sa dimension dharmique, extraordinaire, il s’accomplit dans la Présence ». Manger dans ce bol est un acte de présence, de Conscience-Présence. C’est le lieu même de l’Eveil. Le bol transcende l’idée du bol lui-même, de la matière. Il devient par la présence attentive le lieu où se réalisent pratique et éveil.

Dans la tradition bouddhique, ce bol est aussi utilisé comme bol à aumônes. A l’époque du Bouddha les moines allaient dans les villages mendier leur nourriture. Cette pratique a toujours cours, bien que rare aujourd’hui. »

Ryō « , c’est la mesure, la quantité que nous recevons dans le bol, la quantité qui nous est donnée. Qu’elle soit petite ou grande, elle n’est ni un dû, ni un droit. Nous devons apprendre le contentement et considérer vraiment que c’est un don qui nous est fait. Le contenu de notre bol, Ryō, est la vie qui s’offre à nous dans ce moment même et qui nous invite à considérer consciemment le fait de manger, le plaisir de goûter l’univers dans les saveurs et les couleurs.

Notre avidité transforme souvent cette nourriture en quelque chose de banal, par l’inattention que nous lui portons et par les jugements que nous formulons dans notre esprit sur le contenu de notre bol. Cette quantité même de nourriture, Ryō, nous révèle la puissance de nos attachements et notre dépendance au monde de la sensualité gustative.

ClauqettesRyō, ce n’est pas seulement la nourriture elle-même dans nos bols, mais c’est aussi les capacités, les compétences, les qualités que chacun de nous a reçues et que nous devons mettre au service des autres. Comme le Bouddha nous l’enseigne, il n’y a rien qui nous appartienne en propre. De ce fait, nous pouvons considérer notre corps lui-même comme un bol qui reçoit la nourriture et la restitue aux autres dans la relation d’amour et de partage. Le bol reçoit la nourriture et il transmet la vie ! Nous aussi recevons, transformons et restituons cette nourriture. Elle disparaît en nous et se transforme en activité que nous devons transmettre et mettre au service des êtres.

 » Ō « , c’est la réponse de celui qui reçoit, à l’offrande de nourriture. On peut toujours se plaindre de ce qu’il y a dans notre bol ! L’esprit avec lequel nous recevons la nourriture peut soit nous rendre malade ou bien nous éveiller et nourrir notre spiritualité. Quoi qu’il y ait dans notre bol, nous pouvons le goûter et en découvrir les saveurs, les textures et en voir les couleurs et aller au-delà du jugement de la pensée, étudier et voir si nous prenons le temps de savourer, de mâcher, d’être en conscience avec les aliments. C’est l’enseignement des Ōryokis. Notre attitude d’esprit conditionne la manière dont cette nourriture sera transformée et utilisée par notre corps. La réponse à l’offrande de nourriture est une qualité d’attention dépourvue de jugement et d’avidité et l’expression de notre gratitude.

Le zen exprime la relation entre celui qui donne, celui qui reçoit et ce qui est donné par le terme  » Ōgu « .

Nous avons déjà vu ce que signifie  » Ō « . La réponse du moine qui reçoit sa nourriture dans son bol, c’est de la redonner aux êtres en enseignant et transmettant le Dharma, c’est sa ‘’ tâche ’’ dans le jeu de l’interdépendance entre tous les êtres.

«  Gu « , c’est l’offrande elle-même qui remplit le bol, l’action qu’accomplit le donateur, l’action de donner, le don lui-même, sans esprit de profit. Le don véritable n’attend pas de de récompense. « Ogu » correspond donc vraiment à « Dana », le don, la première des paramita – les pratiques de perfection. Le laïc donne la nourriture et le moine donne le Dharma, l’enseignement, dont il est dit que, de tous les dons, il est le plus important.

«  Ōgu « , c’est aussi la parfaite unicité qui se crée dans l’action de donner entre celui qui donne et celui qui reçoit. C’est le cœur du zen : donner et recevoir sont synonymes, l’un ne va pas sans l’autre. Nous ne venons pas au dojo pour obtenir quelque chose pour nous-mêmes. Nous venons pour découvrir qui nous sommes et restituer cette vérité à tous les êtres. La pratique d’Ōgu inclut donc nous-mêmes et les autres.

 » Ōgu  » est le nom que nous avons choisi pour le séminaire que nous ferons à Lanau, fin octobre 2019, suivi d’une sesshin (on pourrait aussi dire Ō-sesshin). L’idée contenue dans ce terme, est de transmettre en toute générosité ce que nous avons reçu. C’est la transmission qui continue à vivre au-delà de la forme, du corps et des choses qui passent. La voie du Bouddha est une voie d’humanité pour tous les êtres. En tant que ses disciples nous devons par notre pratique transmettre le chemin qui permet le retour à Cela que nous somme.

Taitaiko Go Gajariho – Chapitre des « Purs Standards pour la Communauté Zen »

By Des Articles

Taitaiko Go Gajariho – Chapitre des « Purs Standards pour la Communauté Zen »

Par Sebastian Mokusen Volz

Maître Dôgen, dans une première période à Kyoto a développé les enseignements essentiels sur la voie et l’essence du Zen, insistant sur l’efficacité de Zazen dans le Shobogenzo.

Après cette étape de 16 années, il a fondé Eihei-ji et a développé les enseignements pour une pratique continue propre à la vie monastique. Cette pratique prend sa source dans Zazen et s’organise autour de l’estrade où les moines font Zazen.

Pendant l’Ango que j’ai vécu l’année dernière, cette vie monastique m’a semblé être organisée pour que l’abandon à la voie soit complet. Puisque le cycle des journées est préétabli, adapté à la nature et à l’équilibre de l’être humain, il n’y a plus de choix à faire et le mental se détend. La vie s’écoule de manière fluide et l’esprit qui ne recherche pas de gain, Mushotoku, se réalise.

La quatrième partie des règles de Eihei-ji concerne le comportement juste lorsque l’on rencontre des enseignants expérimentés. Cette expérience est mesurée en nombre d’Angos. Cinq confèrent la position d’Atari – enseignant -, dix celle d’Osho – prêtre -.

Les soixante-deux règles qui sont énoncées dans ce chapitre sont destinées à établir un lien de respect entre l’enseignant et le moine, afin que l’apprentissage se fasse de manière verbale et non-verbale.

Pour révéler le sens de ce respect, voici une petite histoire :

« Un Samourai impétueux et fier pénétra un jour dans le temple d’un vieux moine. Sans prévenir, il fit irruption dans la salle où le moine vaquait à ses occupations. Et il demanda alors impérativement:

« Révèle-moi le secret du paradis et de l’enfer !Le vieux moine esquissa un sourire et lui lança :

– Un homme aussi stupide que toi n’est pas capable de comprendre. »

Le Samurai, outré et dominé par la colère, dégaina son sabre et se jeta sur son interlocuteur. Juste au moment où le sabre s’éleva dans les airs pour frapper, le moine proféra d’une voix puissante :

« C’est cela l’enfer !

Impressionné et interloqué le Samourai stoppa net. Réalisant le sens des mots qu’il venait d’entendre, il se prosterna. A ce moment précis, le Maître lui fit cette révélation :

– Voilà le paradis ».

Les soixante-deux règles peuvent être résumées par l’esprit de cette prosternation face à la vérité révélée. Cette vérité s’exprime à travers le corps de ce Taitaiko qui a vécu cinq ou dix Angos, à travers ses gestes, son aura et ses paroles.

L’abbé du temple où j’ai passé trois mois, a passé sa vie à pratiquer les Angos. Ses yeux sont brillants, sa voix d’une grande douceur, ses gestes particulièrement fins. Il évolue toujours en silence et discrètement. Il voit les erreurs de chacun. Il ne dit rien et laisse les moines responsables intervenir, à moins que l’erreur se répète. Un respect naturel envers lui s’instaure.

Les règles du temple sont établies aussi de manière à le dignifier: son entrée au réfectoire et à Chosan, le thé formel du matin, se fait au son du tambour. Finalement les moines ne le voient que dans les occasions pertinentes des moments de la pratique : Zazen, Oryokis et Samu. Il arrive qu’il appelle un moine au Tokusan pour un entretien. Il rencontre quotidiennement le Shusso et le Tenzo et est assisté aussi d’un moine ou d’une nonne. Alors qu’il semble inaccessible et élevé par les règles du temple, il s’avère d’une profonde simplicité et d’une grande gentillesse lorsque l’occasion se présente d’interagir avec lui.

Pour nous qui avons été éduqués dans une société égalitariste, les soixante-deux règles sont difficiles à comprendre et à accepter. Elles visent autant des comportements simples comme : « Ne regardez pas un Taiko en vous appuyant sur quelque chose avec les jambes croisées » et « Ne regardez pas un Taiko avec les bras ballants », que des attitudes d’évidence déplacées : « Ne crachez pas en face d’un Taiko ».

Au-delà des comportements et des paroles inappropriées, il s’agit essentiellement de créer une relation d’élève à enseignant : « Manifestez toujours un esprit humble » ou encore « S’il y a une discussion, vous devez rester humble et ne pas essayer de gagner une position supérieure ».

Il est aussi important de prendre soin de l’enseignant : « Observez toujours l’expression du Taiko et ne lui causez pas de déception ou de désagrément. » puis « Si une tâche difficile doit être faite là où un Taiko se trouve, faite-la vous-même. S’il y a quelque chose d’agréable, offrez-lui de le faire. »

Bien que ces règles étaient essentiellement destinées aux jeunes moines, elles créent véritablement une atmosphère harmonieuse dans la sangha et elles invitent les Taikos à prendre grand soin des membres de la communauté.

Quant à moi, lorsque je suis en présence de mon Maître Mokuho, j’ai toujours ressenti un respect spontané à son égard et souvent pensé que je devrais trouver les moments pour faire Sanpai en sa direction. Mais ne connaissant pas les règles de Maître Dogen, j’ai souvent été maladroit.

L’enseignement des Bouddhas révèle qu’il n’y a pas de frontière entre les autres et nous-mêmes. Les autres sont aussi à l’intérieur de nous et lorsque nous les élevons, nous nous élevons avec eux. Cette unité entre nous et les autres d’une part, et entre nous et notre corps-esprit d’autre part, est appelée Jijuyu Zanmai par Maître Dogen. Jijuyu Zanmai est un samadhi de joie issue de l’accomplissement de soi-même. Cet accomplissement se réalise en Zazen lorsque nous devenons intimes avec nous-mêmes, il se réalise aussi dans le temple lorsque nous devenons intimes avec les règles.

Comment devenir intime avec les règles ? Elles peuvent ne pas nous plaire et même nous choquer parfois. Pendant l’Ango où nous sommes dans les règles à chaque instant, l’égo réagit et essaye d’y échapper. Trois indications permettent de dépasser cette réaction:

Le premier pas est d’avoir confiance dans le fait que ces règles sont conçues pour nous libérer et nous conduire à l’éveil.

Le second pas est de les intégrer en s’harmonisant avec ceux qui les ont réalisées, Maître Dogen les appelle « la pure assemblée ».

Enfin, il est important de réaliser que ces règles sont comme celles d’un jeu. Ce sont des codes qui nous permettent d’interagir avec les autres et avec les objets. Au fur et à mesure, ce jeu devient inconscient et il purifie nos gestes, nos paroles puis nos pensées. Dans un jeu, chacun intègre les règles à sa façon. Ainsi, même si les règles sont uniques, elles se manifestent de façons très variées au travers de chacun de nous : l’égo et les règles s’harmonisent entre eux, comme dans une danse ou chacun prend le dessus à son tour. Dansez avec les règles !

En conclusion, même si Maître Dogen instaure des formes pour que l’enseignement se transmette, il n’oublie pas un instant l’égalité profonde de tous les membres de la Sangha lorsqu’il écrit : « Les frères et les sœurs de la famille du Bouddha devraient être plus proches les unes des autres que de leur propre moi. » ou encore en expliquant que « vous devriez savoir que temporairement nous sommes hôtes et invités, mais pendant toute notre vie, nous ne serons rien d’autre que des Bouddhas et des Ancêtres »

Contes, Legendes Dans la Transmission du Zen par Jean Marc Kukan Delom

By Des Articles

Contes, Legendes Dans la Transmission du Zen

Par Jean Marc Kukan Delom

Le zen est rempli d’histoires et de contes issus de sources multiples, retravaillés, racontés et polis au fil du temps.

Les contes et histoires ne parlent pas de religion ou de transcendance mais simplement de l’humain et du monde. Ils sont l’expression vivante du Dharma.

Il n’y a pas de morale, ni de vérité absolue. A leur lecture si nous en comprenons le sens, l’invisible devient visible.

Le point commun de toutes les écoles du zen est : la relation entre maître-disciple.

« Le rôle principal du maître est de transmettre les trois piliers du zen : se poser, aller au delà du mental, agir sans rien attendre (Mushotoku) ». Dans le zen, la transmission, la relation maître-disciple devient plus importante que l’étude des textes, des sutras. Nous y découvrons comment le disciple pénètre la vacuité au travers du non-sens. Le Moi du disciple s’efface, la vision change, en passant dans un premier temps d’un fonctionnement égocentrique vers une dynamique héliocentrique, puis vers une vision non duelle, enfin vers la vision du cœur. Voici trois exemples de transmission :

La Fleur du Bouddha

« Un jour, le Bouddha montra une fleur à une assemblée de mille deux cent cinquante moines et moniales. L’assemblée était parfaitement silencieuse et cherchait à comprendre. Puis, soudain, le moine du nom de Mahakashyapa se mit à sourire. Le bouddha lui rendit son sourire et dit : « Ce trésor de perspicacité, je l’ai transmis à Mahakashyapa ».

Pourquoi Mahakashyapa sourit ?

Peut-être manifeste-t-il simplement sa joie et le bonheur. Le bonheur et la joie sont l’expression vivante de la réalisation.Mais le Boudhha connaît aussi la limite des mots. Il possède l’omniscience dans cette omniprésence. En effet comme les sens perçoivent des objets et construisent des idées, le mental conçoit des pensées. On construit et manipule des idées, Mais en soi, ce ne sont que des idées qui entrainent une activité que l’on appelle le Karma. La réalité ne peut pas s’exprimer dès lors que l’on pense la réalité, dès lors que l’on dit la réalité, mais elle doit passer par une expérience directe.

Cette première transmission nous invite aussi à ouvrir notre cœur. A réapprendre à voir, voir et contempler une fleur, un arbre, une pierre et cet autre dans ses ressemblances et ses différences. Et ainsi entre attachement aux plaisirs des sens et renoncement aux plaisirs des sens, retrouver cette Connaissance. Connaissance, qui est comme la naissance.

Se retourner intérieurement, comme l’enfant se retourne à l’intérieur du ventre de sa mère, et renaître dans l’instant à nouveau à cette existence dans cet équilibre qui conduit à la sagesse.

En revenant dans cette simplicité d’être dans l’instant, dans cette simple présence consciente, en vivant dans l’hyper-présence et dans la spontanéité d’un enfant, Mahakashyapa reçut, d’un sourire la transmission du Dharma.

Le premier Eveil de Taiso Eka 2nd patriarche du Chan zen (Hueke)

Taiso Eka suivant les instructions du moine indien Boddhidharma, premier patriarche du zen en Chine, fit zazen longtemps à côté de lui, il lui demanda:

Maître mon esprit ne trouve toujours pas le repos.

Montre-le moi, répondit Bodhidhama et je le purifierais!

Je ne peux le saisir…

Boddhidharma s’écria:

Alors, je l’ai purifié !

Et le disciple connut son premier Eveil. Dans le zen, Le Dokusan est le terme qui caractérise cet échange. Doku : aller seul – San : vers celui qui va parfaire notre enseignement.

Ainsi il se met en place un dialogue permanent par des échanges verbaux ou des tâches à accomplir, censés faire progresser le disciple sur la voie (oshie), vers l’éveil (satori).

Le zen insiste sur une confrontation régulière et constante.

Le Dokusan n’est pas qu’une rencontre une fois par an. C’est l’expression d’une démarche commune qui s’accomplit au fil du temps, dans une relation intime dont le but est de sortir l’esprit de sa somnolence, de ses habitudes, de ses conditionnements.

Dans ce court échange, Bodhidharma ne répond pas à la question de Taiso Eka avec une parole descriptive, constative, ou prescriptive en disant ce qu’il faut faire ou ne pas faire. La parole est dite performative, c’est à dire elle est un acte en soi. Provoquant ainsi un changement chez l’autre.

Transmission de Hyakujo – 10ème patriarche du Zen, à Obaku

Dans certaines circonstances, les situations peuvent être violentes.

« Hyakujo interrogea Obaku après sa cueillette de champignons.

Hyakujo lui demanda s’il avait vu un tigre. Se doutant que Hyakujo lançait ainsi un combat dharmique, Obaku poussa un fort feulement.

Huakujo brandit une hache comme pour frapper l’animal, mais le disciple agrippa le maitre et lui asséna un coup de poing. Hyakujo éclata de rire et le soir même annonça aux autres moines : « Il y a un tigre dans le mont Taiju. Prenez garde à lui, ce matin il m’a mordu » En prononçant ces paroles, il venait de désigner son successeur dans le dharma. »

Comme il est dit dans le Fukanzazengi : « Vous devez en conséquence abandonner une pratique fondée sur la compréhension intellectuelle courant après les mots et vous en tenant à la lettre ».

Pour les lecteurs que nous sommes, la méthodologie de cette histoire nous invite à une sorte d’expérience herméneutique, interprétative au-delà des mots. La tradition devient langage sans se laisser enfermer par celui. La tradition devient intemporelle, impersonnelle, universelle et tout simplement vivante.

Ces échanges deviennent ainsi une véritable épreuve pour le disciple. Elles tendent à démontrer sa maturité et sa compréhension du Dharma.

Le zen sōtō a gardé cela dans sa méthode de transmission au travers la cérémonie Hossenshiki qui consacre un shusso comme premier disciple ou moine du premier rang. Cette cérémonie ne confère pas un diplôme, ni n’est un degré quelconque d’ordination. Hossenshiki veut dire littéralement : « Cérémonie du combat du Dharma ». Au travers d’une série de questions-réponses et de gestes très précis, le shusso démontre certes ses connaissances mais il actualise surtout son engagement personnel au service de la communauté, de toutes les personnes. C’est l’esprit du grand frère, de la grande sœur. Il exprime sa détermination, par la parole mais surtout par son attitude corporelle dans une unité corps-esprit.

L’Hôkyo Zanmai nous aide à comprendre cette cérémonie : « Le sens ne réside pas par les mots, mais le moment décisif le fait apparaître ».

En conclusion, les histoires et contes zen racontent comment le disciple, dans ce monde visible, qui tombe sous le sens mais est non séparé, doit vivre des Retours, des Retournements et des Renoncements. Les Maitres Zen ont utilisé pour cela :

  • Des silences
  • La destruction de l’image, des croyances.
  • Des moyens de communication tels que des gestes, des cris, des paradoxes
  • Le « cas public » (kōan)
  • Le « début d’une parole » (huatou)
  • Des poésies

Comme le Bouddha, ils ont enseigné avec des moyens habiles ou plutôt ils ont été habiles dans les moyens. Dépassant toute notion de séparation, cette transmission n’a pu avoir lieu sans la bienveillance, tout simplement dans l’amour du un.

La Transmission Pour et Selon Dôgen par Jean Zanetsu Zuber

By Des Articles

La Transmission Pour et Selon Dôgen

par Jean Zanetsu Zuber

A la fin de ce camp de juillet, il y aura des ordinations de nonne et de bodhisattva. Durant cette cérémonie, le maître transmet l’enseignement du Bouddha, et il remet plusieurs choses qui symbolisent et matérialisent cette transmission : les préceptes, un nouveau nom, le ketsumyaku, un acte qui certifie leur lien de sang dans le Dharma avec le Bouddha à travers le maître qui les ordonne, et un rakusu. Moines et nonnes reçoivent en plus un bol et un kesa.

J’aimerais m’arrêter sur la transmission, telle que Dôgen la présente dans le Shôbôgenzô, au chapitre Menjû.

La transmission, coeur de notre pratique.

L’événement, à la fois dans le temps et au-delà du temps, qui est le fondement et le cœur de notre pratique, c’est l’Eveil du Bouddha et la transmission de cet Eveil dans le but de sauver les êtres, de « faire passer la multitude des êtres sur l’autre rive ». Le Bouddha transmet le Dharma, la Loi, qui est en fait le fonctionnement naturel de l’Univers : un Univers interdépendant, impermanent, et donc non-soi, vacuité.

Cette transmission ne peut se faire que d’un Eveillé à un autre Eveillé, et elle se manifeste dans l’histoire avec l’épisode célèbre de la fleur que le Bouddha fait tourner entre ses doigts et qui ouvre « Menjû ». Ce chapitre est une méditation sur la transmission qui se donne et se reçoit (jû) à travers le visage (men), autrement dit la transmission face à face : « Assis au milieu d’un million de fidèles, l’Eveillé Shâkyamuni tritura une fleur (…) et cligna de l’Œil. A ce moment-là, l’honorable Kâçyapa lui adressa un sourire (…). L’Eveillé Shâkyamuni dit alors : « J’ai en moi la Vraie Loi, Trésor de l’Œil – le cœur sublime du Nirvâna. Je les transmets à Kâçyapa ».

Pour Dôgen, cet événement est « le principe de la Voie selon lequel la vraie Loi, Trésor de l’Œil fut transmise face à face d’un éveillé à un éveillé, d’un patriarche à un patriarche, de génération en génération. » L’Œil de l’Eveillé, c’est la vraie vision des choses, au-delà de nos illusions et de notre vision dualiste, c’est la vision de l’Eveillé, qui est au-delà de notre œil de chair.

Dôgen relève que cette transmission s’est faite sans interruption depuis les sept éveillés du passé (Shâkyamuni et les six Bouddhas qui le précèdent) jusqu’à son maître Tendô Nyojo, et que cette transmission n’est autre que la « réalisation comme présence de la porte de Loi transmise de face à face d’un éveillé, d’un patriarche à un patriarche ».

Dôgen et Nyojo

La transmission reçue de maître Nyojo fut pour Dôgen un événement essentiel : « D’abord, j’offris de l’encens et me prosternai cérémonieusement devant mon défunt maître, le vieux Bouddha Tendô [càd Nyojo] dans son appartement privé (…). Lui aussi me voyait pour la première fois. Alors, il me transmit le Dharma face à face, nos doigts se touchant, et me dit : « La porte du Dharma de la transmission face à face, de Bouddha à Bouddha, de Patriarche à Patriarche, est à l’instant réalisée. » A ses yeux, cette transmission est l’équivalent de la fleur transmise à Kâçyapa, à la transmission de Bodhidharma à Eka, le 2e patriarche chinois, et à la transmission du cinquième patriarche chinois à Enô.

Le chapitre se termine d’ailleurs sur ce même épisode, ce qui souligne encore l’importance de l’événement. Dôgen déclare : « J’ai été capable d’accomplir la transmission face à face en abandonnant le corps et l’esprit, et cette transmission je l’ai établie au Japon. »

Ce que Nyojo transmet à son disciple et ce que Dôgen va ramener dans son pays, c’est donc shinjin datsuraku, abandonner le corps et l’esprit et retrouver ainsi notre Visage originel. Vivre cette expérience signifie faire personnellement l’expérience que le Bouddha a connue sous l’arbre de la Bodhi lors de son Eveil. Pour réaliser cela, la seule pratique est donc celle transmise par le Bouddha : shikantaza, être assis (za) sans rien (shikan) faire (ta), sans chercher à atteindre quoi que ce soit (surtout pas l’Eveil), sans triturer un problème dans sa tête (par exemple les kôan de l’école Rinzai). Ce zen que Nyojo a reçu et qu’il transmet face à face à Dôgen, c’est l’Eveil silencieux du Bouddha Shâkyamuni, expérience essentielle qui fonde le bouddhisme. Cette expérience est celle de l’unité du corps et de l’esprit qui ne sont plus deux –matière et esprit– mais unité réalisée dans le samadhi, dans la concentration. Alors, notre véritable nature apparaît, ce qu’on appelle notre Visage originel ou Nature de Bouddha.

En même temps, ce zazen ne peut pas être un zazen individuel, centré sur l’attachement à notre Eveil. Nyojo souligne que si c’était le cas, il manquerait la grande compassion des Bouddhas et des Patriarches qui ne pratiquent zazen que pour sauver les êtres sensibles. Et il ajoute : « Lorsque Bouddhas et Patriarches s’assoient en zazen, ils forment dès le premier jour le vœu d’unifier l’univers entier. Aucun être sensible ne peut de ce fait être oublié ni abandonné. Leur esprit de compassion s’étend jusqu’aux insectes et les mérites de leur zazen sont offerts spontanément et inconsciemment pour leur salut. »

Dôgen part donc de cet élément essentiel : « (…) à chaque génération, les Patriarches authentiques ont continué la transmission face à face, le disciple regardant le maître dans les yeux et le maître regardant le disciple dans les yeux. Un Patriarche, un enseignant ou un disciple ne peuvent devenir un Bouddha ou un Patriarche s’ils n’ont reçu cette transmission face à face. »

La transmission est ainsi un donner ET un recevoir à travers le visage et les yeux, idée qui est comprise dans le mot jû de jûmen. Jû, c’est à la fois donner et recevoir, et dans ce cas, cela se fait à travers le visage (men) et les yeux, car dans la transmission de maître à disciple, « chacun d’eux [offre] la face à son autre, seulement face à face, et chacun reçoit la face de l’autre ». Cela explique l’importance que les maîtres accordent à l’échange de regard lors de la cérémonie de transmission, ou encore dans la salutation en gasshô. C’est là la transmission silencieuse, celle-là même de Bouddha tournant la fleur, transmission de cœur à cœur (i shin den shin), au-delà des Ecritures, et sans intermédiaire, transmission qui se matérialise encore à travers les paï entre le maître et le disciple lors de l’ordination.

Mais cette transmission reste fondamentalement une : « [Cette transmission,] c’est comme verser de l’eau dans l’océan et en accroître sans fin l’étendue. C’est comme transmettre la lampe et lui permettre de briller à jamais. Dans les milliers de millions de transmissions, le tronc et les branches ne font qu’un. »

Et Dôgen conclut : « Dorénavant, la grande Voie des Bouddhas-Patriarches consiste seulement à donner et à recevoir face à face, à recevoir et à donner face à face; il n’y a rien de trop et rien ne manque. Vous devez le comprendre avec foi et joyeusement, lorsque votre propre face rencontre quelqu’un qui a reçu la transmission face à face. »

Et cette transmission se poursuit jusqu’à aujourd’hui :

« Le sourire qui éclaire le visage de Mahâkâçyapa ne cesse pas » •

Une Spiritualité Nouvelle?

By Enseignements de Guy Mokuho

De quelle spiritualité notre monde a-t-il besoin aujourd’hui ?

C’est un défi chimérique de vouloir innover par soi-même sans s’appuyer sur ses idées personnelles, ses préférences ou ses aversions.  Toute opinion personnelle est limitante pour les autres mais aussi pour soi-même. Toute évolution devrait être inspirée par un véritable esprit de compassion, c’est à dire libérée des traces de l’ego.

Zazen est une spiritualité toujours nouvelle, au-delà de toute mode, qui accède directement à soi-même, et comme le répétait Maître Deshimaru, l’essence de la religion. Cependant la tradition du  zen utilise aussi un rituel substantiel pour accompagner et transmettre la pratique, et cela dérange de nombreux adeptes et sympathisants. La question du bienfondé ou de la nécessité du rituel est  donc posée car son usage semble dissuader ceux qui aspirent à une spiritualité libérée des traces du passé.

L’ensemble des rituels pratiqués dans un groupe se résume par le mot  liturgie, qui signifie « le service pour le bien commun de tous ». La vie d’un groupe, d’une nation, d’une
sangha se structure et s’organise par l’adoption d’une forme, d’un rituel religieux ou laïc, mis en place lors des rencontres collectives ou pratiqué à l’occasion de certains  événements de la vie (naissance, décès, mariage, changement de saison…). En occident, il semble que notre système de référence fondé sur une approche cartésienne et  scientifique, ainsi que l’image résiduelle de la religion « chrétienne » de nos parents, soient devenus des obstacles et même des contraintes à l’acceptation spontanée du rituel dans le zen.

Pourtant, que nous le réalisions ou pas, nous sommes en permanence réglés par des rituels personnels ou collectifs qui réaffirment continuellement nos choix de vie. C’est ainsi que nous faisons notre toilette, nous lavons les dents, nous habillons, prenons le café, rangeons nos affaires et satisfaisons même nos addictions… Tout est rituel ! Et  dans la vie collective, que dire des rituels en vigueur à l’école, dans l’armée, dans un stade de football, dans une confrérie, chez les boy-scout, dans un groupe d’amateurs de bons vins… qui tous tentent de formaliser une identité de groupe sécurisante !

Les rituels zen, quelles que soient les intentions qui ont présidé à leur apparition dans le cours du temps, ont pour objectif d’affirmer la non-séparation entre l’essence et la forme (Ku soku ze shiki). La pratique du rituel dans un esprit éveillé réaffirme sans cesse cette non-séparation entre le « moi » et les dix mille choses, entre moi et l’univers entier. Notre vérité essentielle réside dans la totale adhésion à l’instant présent, seule réalité de nos existences. Alors quoique nous fassions, ce que nous pratiquons avec un cœur libre est ce que nous sommes. Le « moi » disparaît pour révéler Bouddha, la Réalité de toutes choses.

L’implication consciente, gratuite et pleinement acceptée d’une liturgie imprégnée de sens aide à réaliser cette non-séparation avec l’essence. Le quotidien s’incarne dans une  forme désintéressée qui aide notre esprit à revenir à sa source. C’est comme une méditation qui se prolonge dans l’activité même du corps et de la pensée. C’est ainsi que  rituels et cérémonies deviennent simplement pure présence qui remplit la totalité de nous-mêmes. C’est cela créer une nouvelle spiritualité qui habite le quotidien.

Le zen est cela, tout entier. C‘est dans cet esprit que nous pouvons créer la spiritualité qui parle à tous les êtres •

« Y a-t-il quelque chose en dehors de
l’instant ? Agissant dans une foi totale,
oubliant tout intérêt personnel, celui qui,
attentif, dans un geste simple plante un
bâton d’encens dans le pot de bronze aux
pieds du Bouddha actualise la vérité
des éveillés. »
Nan Shan