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La signification de OGU – Par Guy Mokuhô Mercier

La signification de OGU – Par Guy Mokuhô Mercier

La signification de OGU – Par Guy Mokuhô Mercier

Ōgu exprime la ‘’transmission’’.

Nous transmettons par notre pratique cette même forme et ces mêmes rituels qui ont été transmis et enseignés par les maîtres depuis des siècles. Ils sont toujours pratiqués aujourd’hui dans les temples de notre école Sôtô. Cette transmission permet de conserver et protéger ce que le Bouddha a enseigné : garder sa propre attention stable et continue, quelles que soient les circonstances, pour voir et comprendre la vérité de l’impermanence et de la vacuité. Nous apprenons cela directement pendant zazen : rester immobile et voir l’impermanence des choses, demeurer dans la Conscience-Présence qui regarde le monde apparaître et disparaître.

Une des pratiques parmi les plus délicates et les plus profondes transmises dans le zen Sōtō est celle que nous accomplissons en mangeant dans les Ōryoki.

Garder cet esprit stable et calme qui observe et contemple est une pratique difficile qui demande que nous fassions appel aux conseils, recommandations et à l’expérience des nos maîtres. Notre esprit est habitué à se diviser en s’identifiant aux choses qu’il perçoit, en se projetant sur elles pour tenter de les saisir en vue d’une satisfaction qu’il ne parvient pas à considérer comme inutile et même perverse. Car s’identifier à quelque chose d’impermanent ne peut que produire en nous un sentiment d’insécurité totale, tout en créant en nous la peur de manquer. Nous passons notre vie dans la contradiction de vouloir saisir ce qui nous fait souffrir et simultanément à essayer vainement d’échapper à cette souffrance.

Garder l’attention stable est vraiment la base de l’enseignement du Bouddha (exprimé de façon très explicite dans le Satipatthana sutra) : apprendre par la méditation et par la pratique des paramita à demeurer dans ce regard qui contemple l’apparition et la disparition des choses. Dans la méditation, nous réalisons cela, même sans nous en rendre compte. Malheureusement, il est difficile et même impossible de contempler 24 heures sur 24.

La vie, l’énergie nous poussent à entreprendre, agir, créer si bien que la difficulté, c’est bien de garder également cette stabilité de la conscience percevant les choses elles-mêmes, dans l’activité et pas seulement dans la méditation. C’’est ce que le zen enseigne dans le soin porté aux détails du quotidien, dans l’esprit du geste, ces manières qui sont le fondement de la vie spirituelle et aussi monastique, pour nous faire parvenir sur l’autre rive. L’autre rive qualifie l’esprit qui demeure dans la stabilité, immobile au sein même des mouvements de l’impermanence.

Une des pratiques parmi les plus délicates et les plus profondes transmises dans le zen Sōtō est celle que nous accomplissons en mangeant dans les Ōryoki. C’est une pratique qui symbolise le don et le non-attachement. Pour ceux qui ne connaissent pas notre tradition, les Ōryoki sont l’ensemble des bols, cinq bols, parfois même sept, dans lesquels les moines zen prennent les repas. Ce rituel est extrêmement précis et nous oblige à maintenir l’attention constante tout au long de notre repas.

Le mot » Ōryoki » est composé de trois idéogrammes (kanji) :

» Ō » veut dire la réponse du receveur à l’offrande de nourriture. La gratitude !
» Ryō «, c’est une mesure, et pour ce qui est de l’alimentation, c’est la quantité que l’on reçoit dans son bol.
» Ki «, c’est le bol lui-même.

Commençons par le bol – Ki. Il est en lui-même tout un symbole. C’est le bol qui reçoit et contient la vie qui nourrit notre existence. Le plus grand des bols, celui qui contient tous les autres, est appelé hatsu.u. et il symbolise la transmission de la vie, du Dharma, et aussi de l’enseignement du Bouddha. Dôgen écrit que c’est « l’ustensile inouï, extraordinaire, incomparable, merveilleux, miraculeux, dans lequel se réalise cet événement extraordinaire qu’est le don de nourriture, cet échange avec l’autre et avec la nature. Et pour que cet événement prenne sa dimension dharmique, extraordinaire, il s’accomplit dans la Présence ». Manger dans ce bol est un acte de présence, de Conscience-Présence. C’est le lieu même de l’Eveil. Le bol transcende l’idée du bol lui-même, de la matière. Il devient par la présence attentive le lieu où se réalisent pratique et éveil.

Dans la tradition bouddhique, ce bol est aussi utilisé comme bol à aumônes. A l’époque du Bouddha les moines allaient dans les villages mendier leur nourriture. Cette pratique a toujours cours, bien que rare aujourd’hui.»

Ryō «, c’est la mesure, la quantité que nous recevons dans le bol, la quantité qui nous est donnée. Qu’elle soit petite ou grande, elle n’est ni un dû, ni un droit. Nous devons apprendre le contentement et considérer vraiment que c’est un don qui nous est fait. Le contenu de notre bol, Ryō, est la vie qui s’offre à nous dans ce moment même et qui nous invite à considérer consciemment le fait de manger, le plaisir de goûter l’univers dans les saveurs et les couleurs.

Notre avidité transforme souvent cette nourriture en quelque chose de banal, par l’inattention que nous lui portons et par les jugements que nous formulons dans notre esprit sur le contenu de notre bol. Cette quantité même de nourriture, Ryō, nous révèle la puissance de nos attachements et notre dépendance au monde de la sensualité gustative.

ClauqettesRyō, ce n’est pas seulement la nourriture elle-même dans nos bols, mais c’est aussi les capacités, les compétences, les qualités que chacun de nous a reçues et que nous devons mettre au service des autres. Comme le Bouddha nous l’enseigne, il n’y a rien qui nous appartienne en propre. De ce fait, nous pouvons considérer notre corps lui-même comme un bol qui reçoit la nourriture et la restitue aux autres dans la relation d’amour et de partage. Le bol reçoit la nourriture et il transmet la vie ! Nous aussi recevons, transformons et restituons cette nourriture. Elle disparaît en nous et se transforme en activité que nous devons transmettre et mettre au service des êtres.

» Ō «, c’est la réponse de celui qui reçoit, à l’offrande de nourriture. On peut toujours se plaindre de ce qu’il y a dans notre bol ! L’esprit avec lequel nous recevons la nourriture peut soit nous rendre malade ou bien nous éveiller et nourrir notre spiritualité. Quoi qu’il y ait dans notre bol, nous pouvons le goûter et en découvrir les saveurs, les textures et en voir les couleurs et aller au-delà du jugement de la pensée, étudier et voir si nous prenons le temps de savourer, de mâcher, d’être en conscience avec les aliments. C’est l’enseignement des Ōryokis. Notre attitude d’esprit conditionne la manière dont cette nourriture sera transformée et utilisée par notre corps. La réponse à l’offrande de nourriture est une qualité d’attention dépourvue de jugement et d’avidité et l’expression de notre gratitude.

Le zen exprime la relation entre celui qui donne, celui qui reçoit et ce qui est donné par le terme » Ōgu «.

Nous avons déjà vu ce que signifie » Ō «. La réponse du moine qui reçoit sa nourriture dans son bol, c’est de la redonner aux êtres en enseignant et transmettant le Dharma, c’est sa ‘’ tâche ’’ dans le jeu de l’interdépendance entre tous les êtres.

« Gu «, c’est l’offrande elle-même qui remplit le bol, l’action qu’accomplit le donateur, l’action de donner, le don lui-même, sans esprit de profit. Le don véritable n’attend pas de de récompense. « Ogu » correspond donc vraiment à « Dana », le don, la première des paramita – les pratiques de perfection. Le laïc donne la nourriture et le moine donne le Dharma, l’enseignement, dont il est dit que, de tous les dons, il est le plus important.

« Ōgu «, c’est aussi la parfaite unicité qui se crée dans l’action de donner entre celui qui donne et celui qui reçoit. C’est le cœur du zen : donner et recevoir sont synonymes, l’un ne va pas sans l’autre. Nous ne venons pas au dojo pour obtenir quelque chose pour nous-mêmes. Nous venons pour découvrir qui nous sommes et restituer cette vérité à tous les êtres. La pratique d’Ōgu inclut donc nous-mêmes et les autres.

» Ōgu » est le nom que nous avons choisi pour le séminaire que nous ferons à Lanau, fin octobre 2019, suivi d’une sesshin (on pourrait aussi dire Ō-sesshin). L’idée contenue dans ce terme, est de transmettre en toute générosité ce que nous avons reçu. C’est la transmission qui continue à vivre au-delà de la forme, du corps et des choses qui passent. La voie du Bouddha est une voie d’humanité pour tous les êtres. En tant que ses disciples nous devons par notre pratique transmettre le chemin qui permet le retour à Cela que nous somme.